La cigarette électronique dangereuse : info ou intox ?

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« Incontestablement nocive » : cet avis de l’OMS sur la cigarette électronique semble sans appel, et il est tiré d’un vrai rapport officiel relativement récent, puisqu’il remonte à juillet 2019.

Pour le vapoteur persuadé que la cigarette électronique est sans danger, c’est incompréhensible. D’autant que des sommités comme le Pr Gérard Dubois (Académie nationale de médecine), le Professeur Bertrand Dautzenberg (Professeur de Pneumologie à la Pitié-Salpêtrière et tabacologue reconnu), ou encore l’Académie nationale de Pharmacie ont violemment protesté sur cet avis tranché de l’OMS.
Que cache donc cette prise de position qui semble condamner la e cigarette ?
Quels sont les vrais dangers de la cigarette électronique… s’il y en a ?!
Petit point sur les certitudes des connaissances scientifiques… et les suppositions.

Les dangers de la cigarette traditionnelle : ils sont avérés !

Si aujourd’hui 5 milliards de personnes dans le monde vivent dans des pays ayant une législation anti-tabac, c’est bien la preuve que les dangers de la cigarette traditionnelle sont avérés et reconnus. Comme partout dans le monde, les lobbys du tabac ont longtemps cherché en France à cacher la vérité, comme le détaille fort bien l’ouvrage du Pr Dautzenberg, La République Enfumée.
Mais aujourd’hui, aucun médecin et aucun politique ne peuvent nier ces effets délétères sur la santé.

En France, le bilan du tabac, c’est environ 75 000 morts par an, 21 % des hospitalisations pour maladie cardio-vasculaire et 90 % des cancers du poumon selon les données de Santé Publique France .
On estime que moins de 13% des personnes chez qui on diagnostique aujourd’hui un cancer du poumon seront toujours vivantes dans 5 ans.

Quels sont donc ces dangers connus de la cigarette et à a quoi sont-ils dus ?

 

Pour en savoir plus :
La composition chimique du tabac.
Thèse de Doctorat d’État sur Étude de la composition de différentes fumées de cigarette associées aux tabagismes actif et passif.

Quels sont les produits toxiques des cigarettes ?

Parmi les 4000 produits retrouvés dans la combustion de la cigarette, il est en réalité difficile de fournir une liste exhaustive de tous les produits dangereux, tellement ils sont dangereux. La FDA (Federal Drug Administration) en a ainsi recensé au moins 93 présentant un impact majeur.
Le plus extraordinaire, c’est que certains de ces 93 produits toxiques des cigarettes ont une origine inconnue, comme l’acrylonitrile utilisé notamment pour la fabrication à grande échelle des plastiques industriels !
Que ni les fabricants, ni les scientifiques ne puissent expliquer la présence de tels composés hautement toxiques prouve que la combustion d’une cigarette est une interaction presque sans fin de réactions chimiques en partie incontrôlables.
On est bien loin du vapotage, où la production de vapeur est un processus simple et quasiment naturel, sans dénaturation chimique du e liquide !

Les goudrons toxiques de la cigarette

Les goudrons, caractérisés par leur consistance visqueuse et noirâtre, regroupent un ensemble de plusieurs centaines de substances chimiques qui se forment dans le mécanisme de combustion, avec notamment des hydrocarbures polycycliques aromatiques et des nitrosamines aromatiques cancérigènes.
Le taux de goudron par cigarette est compris entre 0,5 et 2,5 mg, mais la quantité finale dans l’organisme va dépendre principalement du phénomène de combustion et donc de la façon de fumer et d’inhaler plus ou moins profondément la fumée.Autant jouer avec la vapeur d’une cigarette électronique en vapotant est ludique et sans danger, autant jouer avec la fumée de cigarette revient à jouer avec la vie.

Une fois déposés sur les voies bronchiques et dans les alvéoles pulmonaires, il est très difficile pour l’organisme de les éliminer. C’est la principale source de cancer lié à la fumée du tabac, avec une action sur le long-terme.

La toxicité immédiate du goudron des cigarettes quant à elle est double :
-leur viscosité inhibe l’escalator muco-ciliaire, un ensemble de cils vibratiles des bronches ayant pour but d’éliminer les particules fines toxiques. Dès lors, le fumeur devient plus sensible aux infections respiratoires ou aux pollens.Ce phénomène n’est pas décrit dans le vapotage, car aucune substance visqueuse n’est inhalée.Leur dépôt dans les alvéoles pulmonaires bloque une partie des échanges gazeux, limitant l’apport d’oxygène chez le fumeur de cigarettes. Vont s’ensuivre une fatigue à l’effort, ainsi qu’une hypoxie cellulaire qui peut nuire à tous les organes.

On estime qu’une personne qui fume 1 paquet par jour inhale ainsi l’équivalent d’environ une tasse à café de goudron par an, la preuve en images !

 

Les dangers du monoxyde de carbone

La combustion de la cigarette va utiliser comme comburant l’oxygène, et libérer comme produit de dégradation du monoxyde de carbone ou CO.
On le retrouve en moyenne à une concentration de 5 % de la phase gazeuse.
Ce gaz incolore et inodore est très toxique, et responsable tous les ans d’ intoxications mortelles.
La toxicité du monoxyde de carbone provient du fait qu’il va entrer dans un phénomène de compétition avec l’oxygène, en se fixant sur les récepteurs de l’hémoglobine et en empêchant alors l’oxygène d’être véhiculé. L’affinité de l’hémoglobine pour le CO est 240 fois plus forte que pour l’O².
Cette diminution du taux sanguin d’oxyhémoglobine va alors entrainer une souffrance cellulaire générale, connue sous le nom d’hypoxie cellulaire, pouvant donc atteindre TOUS les organes.

Pour lutter contre ce manque d’oxygène, l’organisme produit de plus en plus d’hématies, ce qui augmente considérablement la viscosité du sang. C’est un élément qui favorise le développement de thromboses ou petits caillots, dont les principales complications sont les embolies, l’infarctus du myocarde ou l’accident vasculaire cérébral (AVC).

Ce mécanisme explique l’action délétère de la combustion du tabac sur tout l’appareil cardio-vasculaire, absent avec l’e-cigarette.

Toxicité de l’ammoniac… voulue

L’ammoniac est un puissant gaz toxique par inhalation, dont les effets nocifs irritants sont largement connus. Pourtant, ce composé ne se trouvait pas dans toutes les premières cigarettes : il a commencé à être incorporé au tabac à partir des années 1960, sous forme de diammonium-phosphate (DAP) ou d’urée.
Pourquoi ?

Substance basique et volatile, l’ammoniaque permet en réalité d’alcaliniser la fumée de cigarette. Au-delà d’un pH 6,2, la nicotine présente dans la fumée augmente alors sous sa forme de base libre. Cette forme chimique de nicotine base diffuse alors plus facilement dans les membranes cellulaires, d’où une absorption à la fois plus rapide et plus forte.
Il y a donc un effet potentialisateur de l’ammoniac sur les récepteurs nicotiniques de la cavité buccale (effet « hit ») et du tractus respiratoire supérieur, tout en augmentant la palatabilité du tabac (goût).
L’ammoniac n’a donc pour seul but que d’augmenter les effets de la nicotine.
Si les cigarettiers ont décidé sciemment de le faire, c’est bien que la nicotine a des effets bénéfiques, au moins pour eux !

Quels sont les effets de la nicotine ?

La nicotine, un produit toxique mais encore discuté

Sur le plan chimique, la nicotine est un alcaloïde amine tertiaire, composé d’un cycle pyridinique et d’un cycle pyrrolidinique. Il existe deux stéréo-isomères naturels dont la forme L-nicotine est pharmacologiquement 5 à 100 fois plus active selon les effets étudiés.
Le d-isomère est absent du tabac lui-même, mais il atteint pourtant un taux de 10 % dans la nicotine de la fumée, preuve encore que la combustion altère grandement la composition initiale du tabac.

Structures des alcaloïdes du tabac. Reprinted from Benowitz and Jacob, 1998 with permission of Wiley-Liss, Inc., a subsidiary of John Wiley and Sons, Inc.

S’il existe des différences de concentration selon les variétés de plants de tabac, toutes les espèces cultivées synthétisent les alcaloïdes dans leurs racines, lesquels sont ensuite transportés vers les feuilles selon un gradient de concentration.
La nicotine sera donc plus concentrée sur les feuilles terminales au sommet de la plante. Le contenu en alcaloïdes est ensuite fonction de la manière dont le tabac est traité après la récolte.
Les tabacs blonds, séchés par un flux d’air chaud en milieu hygrométrique maitrisé (flue curing) donnent une fumée de tabac acide (pH 5-6) avec peu de nicotine base, la plus assimilable.
Inversement, le séchage à l’air libre d’un tabac brun (air curing) rend la fumée plus alcaline (pH 6-7 pour les cigarettes et environ 8 pour les pipes).

De nombreuses études scientifiques ont porté sur la nicotine, car elle constitue plus de 90 % des alcaloïdes du tabac. Mais certains spécialistes se demandent de plus en plus si on n’a pas eu tort en partant du principe qu’elle était alors responsable de 90 % des effets, notamment de dépendance.
Car si l’on sait que la nicotine se fixe en 7 à 10 secondes sur les récepteurs dits « nicotiniques » du cerveau et qu’elle favorise la libération de dopamine à la base des sensations de plaisir et de bien-être, qu’en est-il de l’action des autres alcaloïdes du tabac. Faut-il accuser la nicotine de tous les maux ?
Qu’en penser quand on sait que le tabac contient d’autres alcaloïdes et que de simples additifs sucrés comme le miel ou le sucre vont produire après pyrolyse des IMAO (inhibiteurs de la monoamine oxydase), potentiellement psychotropes ?

cigarette cancer toxicité

Source : Ligue contre le cancer

Le savez-vous ?
Si le tabac est la plante la plus riche en nicotine, on retrouve en réalité cet alcaloïde dans de nombreuses autres plantes, notamment les Solanacées.
On retrouve ainsi 7,1 ng de nicotine par gramme de pomme de terre, 16,8 ng de nicotine par g de choux fleur, 42,8 ng de nicotine par g de tomates vertes et carrément 100 nanogrammes de nicotine par gramme d’aubergines !
Et la nicotine possède une action bien déterminée pour ces plantes : elle joue le rôle d’insecticide naturel pour éloigner les insectes nuisibles.
C’est ainsi qu’ont été développé les fameux insecticides néonicotinoïdes tueurs d’abeille, simples dérivés chimiques de cette nicotine naturelle.

Quels sont les effets nocifs des cigarettes ?

Pour bien comprendre les éventuels dangers de la e-cigarette, il faut d’abord connaître ceux de la cigarette traditionnelle.
Les effets nocifs du tabac sont tellement nombreux qu’il est impossible d’en faire une liste exhaustive.
Si l’on associe souvent la cigarette avec le cancer du poumon, il faut se rappeler que les goudrons du tabac sont directement impliqués aussi dans une majorité de cancers ORL ou de cancers de la vessie.
Le tabac est aussi un facteur favorisant des cancers colo-rectaux, des cancers de l’utérus, des cancers de l’ovaire ou des cancers du pancréas.
En réalité, la liste des méfaits de la cigarette a de quoi faire frémir : le tabac accroit les pathologies respiratoires, l’asthme, l’ostéoporose, les troubles de la libido, la cicatrisation des tissus, les AVC, les pathologies cardio-vasculaires, la DMLA, les troubles de la thyroïde, le vieillissement du visage, le diabète, les ulcères gastriques…
Au finale, fumer plus de 15 cigarettes quotidiennes abaisse en moyenne de dix ans l’espérance de vie d’un fumeur de 25 ans.

L’étio-pathogénie de la plupart de ces maladies est connue, on sait donc comment la cigarette interagit. Une grande partie des symptômes est due aux goudrons, et une partie bien plus faible à la nicotine.
Si l’on devait schématiser très grossièrement, on pourrait dire que les goudrons (absents des cigarettes électroniques) entrainent la plupart des maladies graves, et que la nicotine (présente dans certains e-liquides) semble être le principal produit responsable de la dépendance physique, en procurant plaisir et satisfaction.

Cigarette électronique et cigarette traditionnelle : c’est quoi la fumée de cigarette ?

Comme nous l’avons vu, le principal danger de la cigarette classique est lié à la fumée, chargée en produits toxiques à court-terme et à long-terme.
Comparer les dangers de la e-cigarette à ceux des cigarettes traditionnelles impose donc de bien différencier l’action de fumer et celle de vapoter.

Vapotage contre combustion : quelles sont les différences ?

D’un point de vue physique, la fumée de cigarette apparaît comme un aérosol dynamique en mouvement, avec deux phases : une phase gazeuse de vapeur et une phase particulaire, en partie stoppée par les filtres. Si l’on retire l’eau de cette phase particulaire, on obtient globalement le taux de goudrons. Bien évidemment, un filtre n’est jamais actif à 100 % sur les particules fines et le fait de fumer contribue à en inhaler.
Dans le vapotage, seule la phase gazeuse est présente, sans pratiquement de particules fines, d’où déjà un danger bien moindre.

Dans la fumée de cigarette, des études poussées en chromatographie permettent d’identifier des milliers de substances chimiques, même si toutes n’ont aucune action car elles s’y trouvent à des dosages toxicologiques ou pharmacologiques trop faibles.
On y retrouve bien évidemment les principaux composés d’une cigarette, comme la nicotine, les aromes, les additifs, l’ammoniac.., mais aussi des composés absents du tabac, comme la D-nicotine, l’acrylonitrile ou les dioxines et furanes chlorés.
C’est là où la combustion et ses hautes températures apparaissent comme une suite de réactions chimiques complexes, où même les chimistes sont perdus : ils sont incapables d’expliquer par exemple comment se forme une molécule comme l’acrylonitrile ! Ce qui est un peu gênant quand on veut maitriser les dangers…

Dans le vapotage, le mécanisme est différent avec une température qui ne dépasse pas les 100 °C, là où la combustion d’une cigarette atteint 900°C.
Ces températures extrêmes de la combustion dénaturent les molécules, là où le vapotage préserve les produits.
Une image est simple pour comprendre : c’est la différence que vous auriez en cuisine avec une viande carbonisée et brûlée, générant des produits cancérigènes, et une viande cuisse à basse température, qui préserve les odeurs et les vitamines.
Le vapotage d’une cigarette électronique ne va créer aucun des 3 principaux toxiques de la cigarette traditionnelle, les goudrons, le monoxyde de carbone et les particules fines.

E cigarette et cigarette classique : le point commun, la nicotine

En cherchant bien, le seul produit toxique commun à la cigarette électronique et aux ecigarettes reste donc la nicotine. Sa présence est-elle suffisante pour faire de la e-cigarette et du eliquide un danger pour la santé ?
Dans l’absolu non, puisqu’il existe même des e-liquides sans nicotine !
Et même quand on vapote, l’absorption de nicotine se fait différemment.
Tout fumeur passé au vapotage aura remarqué que les sensations sont différentes, notamment en termes de hit, de vitesse d’absorption et de dose. Pourquoi ?

Avec la cigarette, le grand fumeur va présenter un comportement tabagique complexe, où il sera capable au fil des années de contrôler précisément la dose qu’il s’octroie à chaque bouffée.
Si le dosage en nicotine de la cigarette joue, c’est pourtant loin d’être le facteur déterminant. En effet, la nicotine inhalée va dépendre de la durée et du nombre des bouffées, de leur nombre, de l’intensité de l’inhalation, et du niveau de dilution de la fumée de la cigarette avec l’air inspiré.
Une étude menée dès 1984 (Neal L. Benowitz et Peyton Jacob) avait prouvé qu’il était impossible de prédire la dose de nicotine absorbée par le fumeur en se fiant uniquement à la teneur en nicotine indiquée sur les paquets de cigarettes.
En réalité, ce taux absorbé variait de 1 à 4, entre 0,4 et 1,6 mg par cigarette !
Ce qui fait que certains petits fumeurs à 5 cigarettes pouvaient avoir avalé autant de nicotine en fin de journée qu’un fumeur ayant consommé tout son paquet !
Les études menées par Martin Javis depuis 1998 (CRUK Health Behaviour Unit, University College London) ont même montré bien pire : le rendement réel de nicotine inhalée est toujours supérieur au rendement prédit par le paquet, car il dépend finalement d’au moins deux facteurs aléatoires, la combustion et l’inhalation.

Nicotine and smoking: insights from the Health Survey for England

A l’inverse, le vapotage offre un rendement de nicotine beaucoup plus régulier, en supprimant une des variables aléatoires de la cigarette, la combustion.
La production de vapeur d’une e cigarette est en effet un processus entièrement électronique, toujours identique pour un modèle donné d’e cigarette et de e liquide.
Cette libération de nicotine avec une cigarette électronique ne dépend que de deux facteurs principaux :
-le e liquide, avec d’une part sa teneur en nicotine (0-20 mg/ml) et d’autre part son rapport PG/VG (plus il y a de propylène glycol, plus la nicotine est libérée) ;
-la cigarette électronique, à travers sa puissance et sa résistance (l’expérience de vape « MTL » ou mouth to lung suppose une résistance élevée entre 1,2 et 2,5 ohms). Plus une e cigarette est puissante, plus la sensation de hit est élevée, plus il est possible de réduire le taux de nicotine du eliquide.

L’innocuité des e cigarettes dans le tabagisme passif

Si ces différences sont essentielles pour le fumeur, elles le sont encore plus pour son entourage.
On sait aujourd’hui les effets délétères du tabagisme passif, d’autant plus marqué que les capacités respiratoires des proches ont de petits volumes, comme des enfants ou des animaux domestiques (chiens et chats).
De nombreuses études scientifiques ont prouvé par exemple que même les chats pouvaient souffrir d’un tabagisme passif, augmentant leur risque de cancer du poumon, de cancers du sang ou de lymphome.

C’est là où il existe donc déjà une différence fondamentale en termes de danger entre la cigarette électronique et la cigarette traditionnelle.
Avec une e cigarette, les risques de tabagisme passif sont nuls : ni les enfants, ni les animaux de la maisonnée, ni les conjoints ne courent le moindre risque.
Si risque il y a, il ne concerne que le vapoteur avec la nicotine.
C’est pourquoi les fumeurs responsables s’orientent de plus en plus vers les e cigarettes, avec pour volonté première de protéger ceux qui leur sont chers.
Les différences concernant les dépôts goudronneux entre fumer et vapoter sont éloquentes.

Quels sont les effets de la nicotine d’une ecigarette ?

Il est donc clair que l’ecigarette et le tabac n’ont pas du tout le même niveau de dangerosité. Vapoter, c’est se préserver des goudrons, du monoxyde de carbone, des pyrènes aromatiques et de presque une centaine de produits potentiellement cancérigènes !
Le vrai souci est-il donc la nicotine ?
Il est vrai qu’on a longtemps présenté la nicotine comme une drogue puissante, au pouvoir addictif similaire à la cocaïne, ce qui peut légitimement inquiéter

Il y a nicotine et nicotine !

Avant même d’envisager les effets nocifs de la nicotine, il faut rappeler que la teneur d’un e liquide en nicotine est réglementée en France, avec un taux compris entre 0 et 20 mg/ml.
Un eliquide sans nicotine est la solution rêvée de l’ancien fumeur qui a réussi un sevrage tabagique : sa cigarette électronique reste alors un geste social, pour une expérience de vape à la fois ludique et source de plaisirs.

Pour les autres vapoteurs, il est important d’acheter un eliquide sur un site reconnu, basé en France, pour avoir un produit conforme et de qualité.
La nicotine utilisée dans les e-liquides est une nicotine purifiée, connue aussi sous la terminologie de nicotine free-base. Il s’agit en réalité d’une nicotine traitée en deux étapes, avec d’abord une extraction à haut rendement de la plante, et ensuite une épuration pour éliminer au maximum les autres composés.
Cette purification donne une nicotine premium, dite nicotine pharmaceutique, parfaitement calibrée. On est donc bien loin du tabac d’une cigarette, qui associe la nicotine avec une dizaine d’autres alcaloïdes plus ou moins bien connus.
Les spécialistes en addictologie résument cet effet par la règle simplifiée des deux 10 : pour saturer les récepteurs nicotiniques du cerveau, il faut fumer 10 secondes ou vapoter 10 minutes. Soit une différence de 1 à 60 !
Cela prouve de manière indéniable que les effets « psychotropes » du tabac ne sont pas dus à la seule nicotine base, mais qu’ils dépendent a minima des autres alcaloïdes du tabac et/ou des produits de combustion.

Différentes solutions permettent ainsi au vapoteur de modifier cette sensation de vape au début, en jouant sur le rapport PG / VG de son e liquide (propylène glycol / glycérine végétale) ou sur la nature chimique de la nicotine utilisée.
Les sels de nicotine sont à la fois plus stables que la nicotine purifiée, et plus proches de la nicotine base retrouvée dans le tabac habituel.
Alors que la nicotine purifiée est irritante à inhaler, les sels s’avèrent plus doux à vapoter, tout en diminuant la sensation de hit dans la gorge. Ce dernier élément est alors handicapant pour de nombreux vapoteurs, qui ont besoin d’avoir ce ressenti « cigarette like ».
En tout état de cause, les sels de nicotine restent contre-indiqués pour de cigarettes électroniques puissantes, car le taux de nicotine dans le sang et dans le cerveau peut vite grimper. Les risques mortels sont rares, mais la sensation d’avoir la tête qui tourne est vite désagréable. C’est le vertige habituel que beaucoup de fumeurs découvrent quand on fume sa première cigarette.

Quels sont les effets pharmacologiques de la nicotine ?

Une fois inhalée, la nicotine passe dans le sang, et va se fixer sur des récepteurs spécifiques, les récepteurs nicotiniques de l’acétylcholine. On les trouve principalement dans le cerveau et le SNC (système nerveux central), mais pas seulement. Les récepteurs nicotiniques les plus connus sont ceux de la plaque synaptique neuromusculaire.
Leur structure pentamérique est faite de 5 sous-unités protéiques (alpha, bêta, delta, gamma étant dans un rapport 2/1/1/1), alors les récepteurs du SNC ne comprennent que les sous-unités alpha et bêta. On décrit en tout 17 sous-unités différentes (α1-7, 8, 9-10, β1- 4, γ, δ et ε) pouvant donner plus de 10 combinaisons possibles.
C’est la stimulation de ces dernières qui induit la libération d’un neuro-médiateur, la dopamine, réputée pour être l’hormone du « plaisir » et de l’ « enthousiasme ». Elle fait partie, avec les endorphines, la sérotonine et l’ocytocine, de ce qu’on appelle parfois les hormones du bonheur.

La nicotine va ensuite être catabolisée par le foie notamment, avec formation de deux dérivés, la cotinine et le N-oxyde de nicotine.
L’excrétion directe par les reins de nicotine non transformée dépend du pH urinaire et du débit des reins, sans dépasser habituellement 10 %, pour une demi-vie d’élimination de la nicotine de 2 heures
La cotinine se forme par un processus oxydatif du foie, où intervient le cytochrome P450. Sa ½ est estimée à 27 heures dans le sang, les urines et la salive.
On a prouvé que la cotinine avait elle-aussi des actions pharmacologiques essentielles, notamment sur le système nerveux central (stimulant, antidépresseur, activateur de la dopamine, réduction du turnover de la sérotonine…) ou sur l’appareil cardio-vasculaire (antagoniste non compétitif des effets hypertensifs ou tachycardisants de la nicotine). La cotinine va donc se comporter tantôt comme antagoniste de la nicotine, tantôt comme un agoniste.
On a prouvé aussi que la cotinine interagit dans de nombreux processus biochimiques, tels la stimulation de la synthèse des prostacyclines (PGI2), l’inhibition de la 11-b-hydroxylase dans la biosynthèse du cortisol ou l’inhibition de l’enzyme aromatase dans la biosynthèse des oestrogènes et de l’aldostérone.

En se fixant sur les récepteurs de l’acétylcholine de type nicotinique, la nicotine va mimer une partie de l’action cholinergique dans les systèmes nerveux central (SNC) et périphérique (SNP).
En revanche, les effets muscariniques ne seront jamais présents.
C’est ce qui explique les principales propriétés cardio-vasculaires de la nicotine, comme l’accélération rapide de la fréquence cardiaque ou de la tension artérielle.
Cet effet court de la nicotine s’expliquerait par une désensibilisation très rapide des récepteurs nicotiniques.
La nicotine limite d’ailleurs ses effets par un autre mécanisme, puisque son principal métabolique, la cotinine, va au contraire ralentir le cœur.
Il n’en reste pas moins que les effets néfastes de la nicotine sur l’appareil cardio-vasculaire sont connus, et doivent être considérés dans la toxicité relative des ecigarettes.

Inversement, son effet stimulant est plutôt considéré comme globalement positif, comme peut l’être la caféine à doses maitrisées.
L’effet éveillant de la nicotine semble être lié à une action directe sur le centre de l’éveil, le locus coeruleus. Elle a aussi une action sur l’hypothalamus, expliquant l’effet coupe faim de la cigarette, et inversement la reprise de l’appétit (et du poids) quand on arrête de fumer.
Un sevrage progressif en nicotine permet de limiter ces effets secondaires.

La dépendance à la nicotine : mythe ou réalité ?

Au bout du compte, le seul élément que l’OMS peut avancer pour l’éventuelle toxicité de la e-cigarette, c’est la nicotine. Et le danger le plus avéré de la nicotine reste la dépendance et le phénomène d’accoutumance qui en découle.
Si l’argument s’entend pour de nouveaux vapoteurs, il est en revanche sans fondement pour d’anciens fumeurs puisque leur addiction est déjà présente et ne saurait être contestée. Mais s’agit-il d’une dépendance à la cigarette ou à la nicotine ? Car si durant des années, de nombreuses études ont désigné un coupable et un seul, la nicotine, les études pharmacologiques de ces dernières années, couplées aux nouvelles connaissances en neuro-sciences, amènent désormais à un peu plus de réserve.

Dès 1991, les effets de la nicotine sur le système dopaminergique de l’animal comme de l’homme ont été décrits, comme un élément primordial de ses effets renforçateurs. On a découvert en effet la présence de récepteurs cholinergiques nicotiniques sur les corps cellulaires des neurones dopaminergiques situés dans l’aire tegmentale ventrale, ainsi que sur les terminaisons neuronales du noyau accumbens. La nicotine induit ainsi à ce niveau des modulations de libération de dopamine, aboutissant au maintien du comportement d’auto-administration. Cette action ciblée serait responsable à la fois du renforcement positif de la nicotine inhalée dans la fumée de tabac (notion de satisfaction et de plaisir), mais aussi à l’évitement du renforcement négatif connu sous le nom de dysphorie (abstinence et sensation de manque).
Tous ces éléments sont ceux d’une drogue, voire même pour certains les caractéristiques d’une drogue dure.

Cela pourrait corroborer le comportement addictif à la cigarette, que chacun a pu constater. Le fumeur addict doit fumer fréquemment au cours de la journée avec des bouffées de plus en plus importantes, pour obtenir ainsi un grand nombre de renforcements positifs.
On estime qu’un fumeur de 20 cigarettes par jour va avoir 200 bouffées, soit 200 renforcements positifs. La tolérance à la nicotine augmente dans la journée, mais une nuit suffit pour obtenir la resensibilisation, comme si tout repartait à zéro le lendemain matin.
Cette addiction est connue, réelle, mais est-elle seulement due à la nicotine ?

En réalité plusieurs facteurs interrogent :
-si la nicotine est une drogue si puissante, pourquoi les cigarettiers, dont les connaissances scientifiques sont très poussées, ont accepté de dépenser de millions pour augmenter son action, en rajoutant des produits comme l’ammoniac ou le menthol ? Un bon dealer purifie son produit, il ne le coupe pas à d’autres produits de moins bonne qualité.
-si la nicotine est si addictive, pourquoi avoir dépensé autant d’argent dans des études marketing, sur les arômes, les paquets, les couleurs ?
-si la nicotine est responsable de tous les effets, comment expliquer que pour le sevrage tabagique, les patchs à la nicotine fonctionnent beaucoup moins bien que les e-cigarettes à taux de nicotine égal ?

En fait, dès 2002, les travaux de Courtney K. Pickworth étaient arrivés à la conclusion que la nicotine n’était pas la seule molécule addictive. L’addiction au tabac était en réalité à la fois une addiction chimique, où intervenaient de nombreux autres composés, mais aussi une addiction sensorielle, faisant jouer la chaleur, la vue, l’odeur, la gestuelle.
On sait désormais que les fabricants de cigarettes était arrivées avec leurs propres études à la même conclusion, à savoir que l’expérience sensorielle globale de la cigarette procure un impact important sur le phénomène de satisfaction concourant à l’addiction
Cela expliquerait alors le rôle particulier de la cigarette électronique, dont la forme et l’expérience de vape peuvent rappeler une vraie cigarette.
C’est d’ailleurs ce que confirme le Dr Malbos, qui utilise la cyberthérapie et le casque de réalité virtuelle pour arrêter de fumer. Cet addictologue de l’Hôpital de la Conception à Marseille note que le simple fait de « fumer virtuellement » la cigarette avec le casque donne aux patients le ressenti de nicotine ! Tout est-il donc dans la tête, un peu comme un réflexe conditionné à la Pavlov ?!

Pour l’addictologue, la cigarette électronique n’est pas dangereuse

En réalité, de nombreux spécialistes ne partagent donc pas du tout les conclusions de l’OMS.
Non seulement la e cigarette n’est pas dangereuse, mais en plus elle peut s’inscrire parfaitement dans la prise en charge du sevrage tabagique.
Le Rapport et avis d’experts sur la e-cigarette, publié en France avec le soutien de la Direction générale de la santé et du Ministère de la Santé, va dans le même sens.

En, pratique, 97 % des vapoteurs sont des fumeurs en recherche du “Throat hit”, corrélé à la dose de nicotine dans la vapeur.
Inutile d’ailleurs de s’inquiéter d’ailleurs pour les 3 % de vapoteurs non-fumeurs, car on a montré que l’e-cigarette n’augmentait pas le risque de tabagisme chez les adolescents ou les jeunes adultes./a>.
Chez les anciens fumeurs en revanche, le vapotage réduit nettement les
symptômes de manque.

Une étude rétrospective portant sur 1347 vapoteurs pendant 10 mois donne même des résultats assez spectaculaires, puisque 3/4 ne fumaient plus depuis au moins quelques semaines avec le vapotage, qu’ils exprimaient un degré de satisfaction important, et enfin qu’une majorité notait une amélioration rapide des symptômes respiratoires assortie de peu d’effets indésirables.

Mais mieux, tous notaient un net effet sur la dépendance avec une baisse massive du « craving » : 91% ne ressentaient plus du tout cette forte urgence à fumer, avec un net allongement du temps de prise pour la première cigarette de la journée.
Même si la place exacte de la ecigarette dans le sevrage tabagique nourrit encore un débat de spécialistes, nul ne peut donc nier son apport pour passer de la cigarette avec des effets délétères, à la cigarette électronique largement moins nocive… voire meilleure pour les gros fumeurs.

En soulignant les dangers de la e cigarette, l’OMS a fait au minimum une faute de communication… au pire une erreur scientifique.

La cigarette électronique est au contraire une aide précieuse pour abandonner la cigarette cancérigène, et adopter un vapotage bien moins risqué et bien moins délétère.
Avec éventuellement un objectif, finir par bannir la nicotine de son eliquide !

 

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1 commentaire
  1. Marc dit

    Franchement chapeau, je n’ai jamais lu un article aussi sérieux et documenté ! bravo à vous !

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